Un indice unique
yoboue vanessa
| 10-09-2026

· Équipe scientifique
Le microbiote intestinal est propre à chaque individu et se façonne sous l’influence de l’alimentation, du mode de vie, des médicaments, de l’environnement et des maladies. Aujourd’hui, des chercheurs ont mis au point une méthode permettant de synthétiser cette complexité en un score unique, susceptible de refléter l’état de santé global.
L’étude, publiée dans Gut Microbes, a porté sur 893 adultes ayant bénéficié de bilans médicaux annuels détaillés. Les chercheurs ont croisé dossiers cliniques, résultats biologiques, traitements médicamenteux, tests d’effort cardiaque, questionnaires sur le mode de vie, données alimentaires et analyses du microbiote fécal afin d’examiner la corrélation entre un Indice de Santé Microbienne (ISM) et le bien-être physique et mental.
Fonctionnement de l’indice
L’ISM a été initialement élaboré grâce à des analyses à grande échelle comparant les microbiotes intestinaux associés à diverses pathologies. Il est calculé à partir du rapport logarithmique entre 97 variants bactériens liés à la bonne santé et 31 variants associés aux maladies, ce qui permet d’obtenir un score unique pour chaque personne.
Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont cherché à savoir si cet indicateur pouvait également traduire les différences de mode de vie et de santé chez les adultes, et non plus seulement distinguer des groupes pathologiques. Les corrélations sont restées manifestes dans l’ensemble de la cohorte, tant chez les participants sans maladie déclarée que chez ceux souffrant d’hypertension ou de dyslipidémie.
Alimentation et forme physique associées à de meilleurs scores
Plusieurs facteurs liés au mode de vie ont été corrélés à un profil microbien plus sain.
Une consommation accrue de fibres et une adhésion plus stricte au régime de type méditerranéen étaient associées à des scores ISM plus élevés. Une meilleure condition physique présentait également une corrélation positive. Les chercheurs ont évalué la capacité à l’effort à l’aide d’équivalents métaboliques (MET), mesurés lors de tests d’effort cardiaque selon le protocole de Bruce.
Les participants présentant une meilleure condition physique tendaient à avoir des scores de microbiote plus sains, ce qui suggère un lien entre la capacité à l’effort et la composition microbienne. Toutefois, ces observations ne prouvent pas que l’amélioration de la condition physique entraîne directement une meilleure santé du microbiote.
À l’inverse, une consommation plus importante d’aliments ultra-transformés et des taux plus élevés de marqueurs d’inflammation de bas grade étaient associés à des scores ISM plus faibles.
Des schémas similaires observés pour les lipides sanguins
Les chercheurs ont également analysé le profil lipidique d’un sous-groupe de participants. Les taux de triglycérides étaient positivement corrélés à une consommation accrue d’aliments ultra-transformés. À l’inverse, un apport plus élevé en graisses insaturées, en huile d’olive et en noix était associé à des taux de triglycérides plus bas.
Ces résultats suggèrent que l’alimentation, les lipides sanguins et la composition microbienne pourraient refléter des aspects convergents de la santé métabolique, plutôt que de fonctionner comme des indicateurs totalement indépendants.
Le score peut-il évoluer avec le mode de vie ?
À l’aide de modèles statistiques tenant compte de l’âge, du mode de vie et des antécédents médicaux, les chercheurs ont estimé l’impact potentiel de changements comportementaux modifiables sur l’ISM individuel. Ils ont également comparé ces estimations à des études antérieures d’interventions nutritionnelles et ont constaté que les scores du microbiote pouvaient évoluer relativement rapidement après des modifications alimentaires.
Ces modèles ont permis d’estimer l’ampleur des changements comportementaux susceptibles d’être associés à une amélioration de 0,5 point de l’indice. Cependant, ce chiffre ne doit pas être interprété comme un objectif clinique garanti, et l’ISM n’est pas actuellement un test diagnostique standard.
Un nouveau marqueur de santé potentiel
Les chercheurs suggèrent que le microbiote intestinal pourrait, à terme, devenir un indicateur de santé supplémentaire, au même titre que la tension artérielle ou le cholestérol.
L’intérêt de l’ISM réside dans sa simplicité : plutôt que d’analyser individuellement des centaines de variants bactériens, les chercheurs, et potentiellement les cliniciens, peuvent s’appuyer sur un score composite unique.
Parallèlement, ces résultats soulèvent une distinction importante. La présence de bactéries associées à une moins bonne santé peut refléter l’alimentation, le mode de vie ou l’état médical d’une personne, sans nécessairement être la cause directe d’une maladie. Pour l’heure, cet indice doit être considéré avant tout comme un outil de recherche plutôt que comme un instrument de diagnostic clinique. Sa valeur réside dans sa capacité à montrer à quel point le microbiote intestinal semble suivre de près des facteurs quotidiens tels que l’alimentation, l’exercice et la santé métabolique, tout en révélant l’étendue des connaissances qu’il reste encore à acquérir sur la signification réelle de ces profils microbiens.